Le printemps, période charnière pour la filière horticole


Les préfectures peuvent donc désormais signer des dérogations pour permettre aux jardineries et pépinières de rouvrir, uniquement pour vendre des plants de légumes et fruits et des semences potagères. 

Une décision du gouvernement saluée par la Fédération nationale des producteurs horticulteurs pépiniéristes. « Cela fait très longtemps que nous défendons le statut de première nécessité des plants potagers, explique à actu.fr Julien Legrix, directeur de la FNPHP. On estime en effet que 25% des fruits et légumes produits chaque année en France le sont par des jardiniers amateurs. Une famille qui gère bien son potager peut même économiser jusqu’à un smic par an ».

Un enjeu vivrier mais aussi social donc, particulièrement crucial en cette période de crise. Cette mesure devrait apporter une bouffée d’air à la filière horticole, très affectée depuis le début du confinement. « Les plants potagers ne se conservent pas. Après 15 jours sous serre, on doit tout détruire », explique le représentant du syndicat.

Le chiffre d’affaires de la filière est d’environ 1,4 milliard d’euros par an, et 70% est réalisé au printemps. Si la situation perdurait, on estime les pertes à 10 millions d’euros par jour. Une secousse absolument pas amortissable, même pour les entreprises qui vont bien.

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Une réouverture avec précautions


L’autorisation de vendre donnée aux horticulteurs et pépiniéristes est aussi une mesure d’équité. Car depuis le début du confinement, seules les enseignes vendant de la nourriture pour animaux étaient autorisées à ouvrir, donc principalement les jardineries et les grandes surfaces.

Mais malgré le feu vert, tous n’ont pas encore décidé de reprendre leur activité. De nombreuses boutiques, y compris de grandes enseignes, que nous avons tenté de contacter depuis ce lundi n’avaient pas modifié leur messagerie vocale dans laquelle elles indiquent une fermeture « jusqu’à nouvel ordre » en raison du coronavirus.

D’autres aménagent leurs horaires et n’ouvrent que certains jours de la semaine, voire que quelques heures. D’autres encore ont décidé de garder la boutique fermée, « pour protéger les salariés », mais proposent un service de drive pour que les clients récupèrent leurs achats depuis leur voiture. Enfin, certains vendeurs expliquent qu’ils filtrent les entrées pour qu’un nombre limité de personnes se trouvent au même moment dans le magasin.

Sale temps pour les fleurs

Patrick Lamy, cogérant d’une pépinière à L’Hermitage, près de Rennes, a profité de la dérogation accordée par la préfecture d’Ille-et-Vilaine le 2 avril pour relever le rideau. « Nous sommes ouverts pour les plants fruitiers uniquement. On peut vendre les autres végétaux mais uniquement en livraison, raconte-t-il. Mais nous n’avons pas vu revenir une grosse vague de clients car nous faisons la majeure partie de notre chiffre grâce à l’ornement ».

Et les jardinières ne risquent pas d’être bien fleuries ce printemps. A en croire Julien Legrix, de la FNPHP, des dizaines de millions d’euros de végétaux ont été détruits depuis le 15 mars. « Et les premiers touchés, ce sont les producteurs de fleurs coupées. »